3 Conseils pour Progresser (ou “penser comme une Boîte Noire”)

Temps de lecture : environ 10 minutes

Selon vous, quel paramètre a le pouvoir de faire la différence entre
1. un monde de misère, d’insécurités, d’accidents, et de drames.
2. un monde de progrès, d’améliorations, de sûreté, de santé, de succès, et de développement ?

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs “les 3 meilleurs conseils pour continuer à s’améliorer dans son domaine” organisé par Nicolas du blog mémoire d’excellence. J’ai particulièrement apprécié cet article sur la persévérance, qui pourra être particulièrement utile aux apprentis traders…

L’Erreur.

Ce paramètre a eu le pouvoir de transformer l’industrie aéronautique.
En 1912 (temps de paix donc), 8 pilotes de l’armée de l’air américaine sur 12 (ratio de 0,66) décédaient dans un accident d’avion.
En 2013, sur plus de 3 milliards de passagers sur des vols commerciaux, 210 ont péri dans un accident.

Je vous laisse faire le calcul du ratio, car le trop grand nombre de chiffres après la virgule m’a découragé…
Cela fut rendu possible, notamment, par cette fameuse boîte noire !

Inversement, d’autres secteurs, comme la médecine, l’enquête policière, la psychothérapie, ou la politique, bénéficieraient de statistiques de progression (bien) moins flatteuses.

C’est une des thèses majeures de Matthew Syed, dans son livre Black Box Thinking.

Ceci est un livre sur l’avènement du succès.

Matthew Syed dans Black Box Thinking

Je m’appuie donc principalement sur les idées de cet ouvrage, qui m’a littéralement séduit, du début à la fin de sa lecture.

Celui-ci contient de nombreux trésors, qui ne pourraient tous être présentés dans un article de blog comme celui-ci.
Je vous propose donc ici 3 premiers principes qui me semblent fondamentaux et indispensables pour commencer à progresser grâce aux erreurs, comme l’industrie aéronautique l’a fait en 100 ans.

Pour ne rien manquer des autres idées de ce livre que je présenterai ces prochaines semaines, inscrivez-vous au blog par l’intermédiaire des formulaires ! 😉

Je tiens à préciser que l’application de ces idées n’est certainement pas exclusive au trading. Elle est valable comme philosophie de vie, pour d’innombrables disciplines ou aspects de notre vie, personnelle, comme professionnelle.

Mais comment l’erreur, cette “honteuse” défaillance, peut-elle avoir un rôle si positif dans nos vies ?

La première étape consiste justement à ne plus considérer l’erreur comme honteuse, à éviter, ou à dissimuler à tout prix (1.). Il s’agit là d’un recadrage psychologique majeur, qui n’est pas toujours aisé à réaliser.
C’est alors que nous pouvons passer à l’extrême inverse, en recherchant l’erreur, et ses…bienfaits (2.).
Enfin, forts de ces deux étapes initiales indispensables, nous pouvons apprendre de nos erreurs, et en retirer tous les trésors (3.).

1. Nous Réconcilier avec l’Erreur

L’erreur, terrifiante, ne peut être admise

Des illusions protectrices bien élaborées

L’impérieuse nécessité d’embrasser l’erreur

2. Nous Confronter à l’Erreur

L’erreur est un trésor d’informations

L’erreur est notre lien privilégié avec la réalité

L’erreur “intelligente” vaut tous les diplômes (ou presque…)

3. Apprendre de l’Erreur

Une réalité moins simple qu’il n’y paraît

Savoir interpréter les résultats

Commencer maintenant !

la culture du blâme ambiante nous empêche d'exploiter les richesses de l'erreur
la base : sortir de la culture du blâme de l’erreur
Image par Tumisu de Pixabay

1. Nous Réconcilier avec l’Erreur

En tant qu’humains, nous avons une relation tumultueuse, voire toxique avec l’erreur.…particulièrement toxique en fait.

L’erreur, terrifiante, ne peut être admise

Commettre une erreur équivaut à être blâmé. Enfin…si l’erreur est découverte et identifiée.

Car oui, l’erreur est tellement terrifiante, qu’elle doit être ignorée, tout comme on ignore la sinistre mort qui nous attend à la fin de cette vie.

Commettre une erreur, se tromper, avoir une opinion erronée, ou pire, mettre par terre le travail de toute une vie, peut être inacceptable, inenvisageable, et … inenvisagé.

Oui… inenvisagé… vous ne me croyez pas ? Voici quelques exemples issus du livre de Matthew Syed.

Même plusieurs années après le fiasco de la recherche d’armes de destruction massive en Irak (et malgré les faits), Tony Blair reste persuadé qu’il a pris la bonne décision en participant à cette opération.

Dans le cadre d’enquêtes policières liées à des viols, il arrive que les enquêteurs restent intimement persuadés de la culpabilité de leur suspect initial. Un test ADN en bonne et due forme n’est même pas suffisant pour disculper à leurs yeux l’innocent emprisonné.

Enfin, l’auteur nous parle d’un chirurgien acceptant (à un niveau inconscient) de risquer la vie de son patient potentiellement allergique aux gants de latex qu’il porte. Il lui est plus difficile d’admettre qu’il puisse être en train de commettre une erreur, que d’envisager le possible décès de son patient, malgré les injonctions de son médecin anesthésite-réanimateur.

Loin de moi l’idée de blâmer ces professionnels. L’auteur lui-même explique bien à quel point il peut être intolérable pour notre ego, pour notre esprit, d’admettre une erreur.
Et finalement, les membres de ces corps de métiers sont plutôt victime de la culture du blâme de leur profession.
Pour eux, la réalité d’une erreur peut faire s’effondrer le combat, le travail de toute une vie, concentré dans un métier, dans une vocation.

Des illusions protectrices bien élaborées

En fait, reconnaître une erreur, ou pire, une incompétence, pourrait être si terrible, que certains étudiants préfèrent se saboter avec de l’alcool
La veille d’un examen, ils choisiraient en effet de créer de toutes pièces une cause de leur échec (l’ébriété), plutôt que d’avoir à constater que leur échec à l’examen ne peut être dû qu’à leur manque d’habilités.

Notre cerveau est capable de mettre en place les stratagèmes les plus évolués, quitte à ce qu’ils nous détruisent, pour nous protéger de la réalité de l’erreur, de “l’incompétence”.
Et ne croyez pas être à l’abri de cette dissonance cognitive si vous êtes particulièrement intelligent.e. Plutôt qu’une meilleure lucidité, l’intelligence élevée permet l’élaboration d’illusions encore plus… élaborées et convaincantes…

De même, les arguments contraires à notre conviction, aussi fondés soient-ils, ne feraient que renforcer la croyance en notre illusion.
C’est ce qu’il peut se passer pour les adeptes d’une secte, ou les partisans (et détracteurs) de la peine de mort par exemple.

Tous ces mécanismes mentaux empêchent la conscience même d’avoir commis une erreur.

L’impérieuse nécessité d’embrasser l’erreur

Dans cette situation, comment donc envisager la progression, l’augmentation de nos compétences, si nous nous créons une illusion occultant toute constatation réaliste de l’étendue de nos compétences et de nos insuffisances ?

Effectivement, en nous “protégeant” de la réalité, en évitant les erreurs, et en nous privant de leur retour pédagogique, nous sommes comme un joueur de tennis qui s’entraîne dans l’obscurité.

Les pilotes d’avions auraient eu plus de facilité à accepter cette culture de l’erreur reconnue, car c’est leur vie qui est en jeu dans le processus, contrairement aux personnels médicaux par exemple.

Pour nous aussi, il y a urgence à accepter, embrasser, et respecter l’erreur, comme le font un enfant, un scientifique…ou la Nature elle-même.
Allumons la lumière du joueur de tennis !

Si ces belles phrases vont semblent encore bien théoriques, irréalistes, et peu convaincantes…poursuivez votre lecture. Les faits et les preuves arrivent…

2. Nous Confronter à l’Erreur

Comment les voyages en avion sont-ils devenus si sûrs ?

L’erreur est un trésor d’informations

Comment se déplacer dans un tas de ferraille de plusieurs tonnes, plusieurs kilomètres au-dessus du plancher des vaches, peut devenir plus sûr que de se déplacer dans une bonne vieille voiture bien ancrée au sol ?

L’industrie aéronautique est parvenue à ce résultat petit à petit, une erreur à la fois.

les progrès de l'aviation ont été permis par une étude sans compromis des erreurs commises
les progrès de l’aviation s’appuient sur l’erreur
Image par Jan Vašek de Pixabay

Plutôt que d’occulter les erreurs, de les nier, et de les ignorer, le monde de l’aviation a choisi de faire le nécessaire pour qu’une même erreur ne se répète jamais.

Les explications de l’auteur donnent presque l’impression que l’ensemble du milieu aéronautique se tient en haleine, prêt à “sauter avidement” sur les détails de la moindre erreur, afin de pouvoir la corriger au plus vite sans perdre la moindre (précieuse) seconde supplémentaire.

Il semble que l’erreur est perçue comme une information extrêmement salutaire, permettant d’approcher un peu plus l’excellence en matière de sûreté et de performance.

La sécurité des voyages aériens s’est construite sur l’accumulation d’erreurs, mais d’erreurs analysées, et corrigées.

L’erreur est notre lien privilégié avec la réalité

Peut-être aurait-il été possible de parvenir autrement à ces résultats ? sans commettre d’erreurs ?

Pourquoi ne pas plutôt concevoir un système théoriquement parfait, afin d’éviter la “dure et douloureuse” confrontation avec les erreurs, inhérente à la pratique ?

Un brillant mathématicien a tenté l’expérience, dans le cadre de la conception d’une machine industrielle.
Après de savants calculs, il a mis au point une machine devant permettre de passer avec succès une étape délicate de fabrication.
Le résultat fut un échec.

La solution a été trouvée par une équipe de biologistes, qui ont appliqué la (supposée) stratégie de la nature : test, erreur, adaptation, succès. Ils ont réussi à mettre en place la machine fonctionnelle inespérée, sur la base de 449 échecs, permettant d’approcher à chaque fois un peu plus près du prototype final et fonctionnel.

L’erreur intelligente vaut tous les diplômes (ou presque…)

D’après M. Syed, on peut progresser plus sûrement, et plus rapidement en ayant l’humilité de nous confronter à l’erreur.
C’est en échouant ainsi délibérément, et j’ajouterais presque…”joyeusement” que des individus sans qualifications particulières ont pu développer des machines, et des concepts de haute valeur.

C’est en suivant cette philosophie que DropBox, ou les scénarios des films Pixar ont été conçus. Leurs créateurs ont eu le réalisme de ne pas chercher à tout prévoir en théorie, mais de se confronter à la grande complexité de la réalité, et à se laisser guider par elle.

Des individus sans éducation particulière, sans connaissances scientifiques, ont réussi à créer des machines qui ont changé le destin de l’humanité, comme la machine à vapeur.
Les cathédrales ont été construites sur la base d’une intelligence pratique confrontée à la réalité, plutôt que sur de la géométrie théorique et complexe.

L’intelligence artificielle ayant obtenu des résultats remarquables en backgammon y est parvenue en échouant et apprenant de ses erreurs de très nombreuses fois. C’est cette caractéristique-là qui a fait sa force, pas un brillant algorithme élaboré.

La Nature elle-même crée une illusion de design très avancé, qui ne serait que basé sur un simple processus de tests et d’erreurs. Les organismes nonviables s’éliminent d’eux-mêmes, alors que les autres se reproduisent.

la nature se construit et se développe sur la base d'erreurs prises en compte
La Nature apprend de ses erreurs
Image par Kevinsphotos de Pixabay

Confronter nos théories à réalité la plus crue et la plus intransigeante nous permet de rapidement identifier et corriger les inévitables failles de nos idées, puis de les corriger.

Tester encore et encore nous permet d’affiner notre système, d’écarter ce qui échoue, et de capitaliser sur ce qui fonctionne.

3. Apprendre de l’Erreur

À ce stade de l’article, nous avons peut-être accepté l’idée que l’erreur est une amie plus qu’une ennemie.

Nous avons constaté qu’effectivement, l’erreur optimisée permet d’accomplir beaucoup, et de dépasser les travaux théoriques les plus brillants.

Cette étape fondamentale n’est cependant pas encore suffisante pour réellement apprendre de nos erreurs.
Nous devons accepter et comprendre la complexité de la réalité, et la tendance que nous avons à la simplifier grossièrement, et la traverstir.

Une réalité moins simple qu’il n’y parait

Nous sous-estimons la complexité du Monde.

Si nous modifions un paramètre, nous avons tendance à croire que seul ce paramètre change, et influence le changement de résultat.
Nous oublions trop vite (ou n’avons peut-être jamais compris) qu’une infinité d’autres paramètres peuvent également modifier notre résultat.

Nous ne nous rendons pas compte que la complexité des systèmes dans lesquels nous évoluons nous dépasse.

Si je décide de sourire plus souvent lors de ma sortie ce soir, je risque d’être rapide à conclure que c’est mon sourire qui m’a apporté tant de sourires en retour. Mais j’ai oublié que c’est justement ce soir-là que la France a gagné la coupe du Monde.
Cette bienveillance ambiante pourrait tout aussi bien être due au fait que nous sommes vendredi soir, et que mes semblables sont plus détendus et apprécient l’arrivée du week-end ?

Accepter cette complexité rend l’erreur moins pénible et moins humiliante (parce que justement…c’est compliqué) et réduit les risques de simplification exagérée du feedback reçu.

Savoir interpréter les résultats

À ce stade de la présentation, nous avons compris plusieurs bases fondamentales :
1. L’erreur doit être acceptée
2. L’erreur est un instrument vital de notre progrès
3. Son utilisation est souvent le chemin le plus rapide vers l’amélioration et la progression
4. Les systèmes dans lesquels nous évoluons sont bien plus complexes que ce que nous pensons.

Mais ce 4ème point ne boucle pas encore la boucle de cet article.

Comprendre et accepter la complexité est important, certes, mais nous devons aussi prendre conscience que cette complexité compromet fortement notre juste utilisation des erreurs.

Peut-on être certains qu’une action réalisée est une erreur ? qu’elle a effectivement provoqué des résultats dommageables ? ou inversement, qu’une action est bénéfique ?

Il s’agit d’un piège supplémentaire de notre psychologie. Nous avons tendance à avoir des présomptions qui peuvent être totalement déconnectées de la complexe réalité. Notre intuition, notre instinct, peuvent totalement nous éloigner de la vérité.

Distribuer des manuels à des enfants au Kenya devrait améliorer leur éducation non ?
Non… contrairement à l’intuition, une telle opération n’a eu aucun effet.

le groupe témoin pour affiner l'analyse des erreurs
apprendre des erreurs et des données
Image par Ian Ingalula de Pixabay

C’est là qu’intervient l’idée géniale du groupe témoin.
Un groupe témoin d’enfants à qui l’on ne fournit pas de manuels a eu les mêmes résultats que les autres enfants.
Car ils étaient écrit dans la troisième langue des enfants (l’anglais) et n’étaient pas correctement exploitables par eux.
Dans mon exemple plus haut à propos de la coupe du Monde, j’aurais peu constater la surestimation de l’effet de mes sourires en demandant à un ami de sortir également, mais sans sourire… Il aurait été mon “groupe témoin”.

Parallèlement, il est parfois nécessaire d’être particulièrement fin dans l’analyse de nos résultats, en prenant en compte les données qui ne sont pas immédiatement perceptibles.

Matthew Syed donne un exemple très parlant, datant de la Seconde Guerre mondiale.
Une étude statistique est réalisée sur les avions rentrant de mission après avoir été touchés par des tirs.

Il fut observé qu’aucun n’avait été touché dans les zones du cockpit et de la queue de l’avion.
Une première conclusion fut que ces zones étaient hors d’atteinte des tireurs, et qu’elles n’avaient pas besoin d’être renforcées.

Cependant, en poussant le raisonnement plus loin, on pouvait comprendre que les avions analysés n’étaient que les avions qui avaient pu rentrer à la base…
On pouvait alors comprendre que les deux zones du cockpit et de la queue étaient si vulnérables, qu’elles empêchaient la survie de l’avion si elles étaient touchées.
En effet, les avions ayant été atteints par des tirs dans ces zones n’étaient pas présents dans l’étude car ils ne pouvaient jamais rentrer à la base.

progrès en aviation grâce aux données absentes
progresser grâce à l’erreur
Image par A_Different_Perspective de Pixabay

La réelle conclusion de cette étude, basée sur des données absentes compréhensibles par déduction, étaient que ces deux zones devaient être renforcées en priorité !
Quel monde entre les deux différentes conclusions de cette étude !

Commencer maintenant !

Maintenant que nous avons bien en tête les trésors de l’erreur, mais aussi les dangers de son interprétation, à nous d’appliquer ces concepts à notre domaine… Afin d’échouer vite, et efficacement…vers la progression !

Nous pouvons même tout de suite commencer à modifier notre approche de l’erreur dans les moindres aspects de notre quotidien.

Accepter la très forte probabilité que nous n’opérions pas au mieux, accueillir les faits révélateurs de nos erreurs, puis les étudier.

Comprendre la complexité du monde, et accepter que nos conclusions hâtives puissent être erronées, voire opposées à la vérité.

Être plus rigoureux dans notre recueil et notre analyse des données, afin d’avoir toujours comme objectif la compréhension de la réalité crue, et des trésors qu’elle recèle.

En acquérant progressivement ces habitudes, nous pouvons approcher toujours plus cette mentalité de “la boîte noire”. Comme l’industrie aéronautique, nous pourrions alors réaliser de faramineux progrès, et sortir du cercle vicieux de l’erreur blâmée et rejetée.

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